Combien sommes-nous à avoir déjà succombé à l’irrépressible envie de consulter notre smartphone en réunion ? À répondre à des textos ou bien des emails lors de la présentation d’un collègue ? À pianoter discrètement sur notre clavier, avant de brusquement émerger dans la conversation et interroger d’un désormais classique « Désolé, je n’ai pas suivi. Peux-tu revenir un peu en arrière ? ». Cette scène vous paraît familière ? C’est normal. Depuis l’avènement du digital, notre attention est constamment parasitée par les distractions proposées par nos objets technologiques, auprès desquels nous accourons immédiatement comme s’il s’agissait de bébés capricieux. Nous avons tellement assimilé le fait d’être « multitâches », que nous ne nous sommes même pas rendu compte que nous étions en train d’émietter le lien social en entreprise, reléguant mécaniquement nos interlocuteurs à l’arrière-plan dès que notre poche se met à vibrer.

Cette fâcheuse habitude s’est insinuée à tous les niveaux des organisations, y compris auprès de ceux dont la mission est précisément d’être à l’écoute de leurs collaborateurs : managers, patrons ou DRH. Si bien que le psychologue américain Daniel Goleman estime, qu’à l’heure de la « distraction continue », la qualité première d’un leader est bel et bien l’attention. Une qualité devenue si rare, face à l’intrusion de la vague de distractions technologiques à laquelle nous sommes quotidiennement exposée, qu’elle devient selon lui une des plus grandes qualités d’un leader dans notre monde actuel.

Pour autant, cette imperméabilité momentanée aux autres est-elle irréversible ? D’après Goleman, la première étape est d’en prendre conscience, en « faisant attention à notre attention ». Il schématise son approche en opposant « l’attention de bas en haut » à « l’attention de haut en bas ». La première désigne une attention mécanique, faisant systématiquement remonter à notre cerveau chaque distraction, tandis que la deuxième relève du choix : décider de ce qui mérite notre attention.

Il estime qu’il s’agit d’une démarche personnelle, dont nous devons chacun être acteur. Corriger ces réflexes améliorerait significativement notre rapport aux autres, en amplifiant l’écoute et la considération. Et l’impact est aussi personnel : en tant que psychologue, il constate des symptômes de « fatigue de l’attention », entraînant inefficacité, irritabilité et une décroissance dans l’énergie neuronale affectant la prise de décisions.

En reprenant le contrôle sur notre attention, en choisissant ce vers quoi nous la dirigeons, nous pouvons non seulement améliorer notre rapport aux autres, fluidifier notre management grâce une posture d’écoute, mais aussi améliorer nos propres performances et recouvrir notre efficacité intellectuelle.

Prenons une bonne résolution collective : et si nous commencions par laisser notre smartphone sur notre bureau avant d’entrer en réunion ? Tout simplement ? Trop dur ? Commencez à la maison, et redécouvrez le plaisir d’être chez vous sans écran en main en permanence…